Juste avant la trêve hivernale, Séverine Ballon, compositrice et violoncelliste, a rendu visite à Maxime Bellaunay à son atelier, cité des Taillandiers dans le 11ème arrondissement de Paris. Quelques mois auparavant, Martine Tremblay avait été particulièrement touchée par sa douceur et sa démarche artistique qui convoquèrent le souvenir de la présentation de Maxime aux jury de la Fondation dont il a été désigné lauréat en 2024. Ebéniste et sculpteur, Maxime avait décrit son projet comme une invitation universelle à faire chanter les matériaux et à les animer au travers de nos mouvements.

Puisque Séverine écoute tout ce qui chante dans son environnement (les personnes, les murs, les plantes), il semblait juste d’imaginer qu’elle ferait aussi chanter les sculptures de Maxime. Ils esquissent ensemble les contours d’un projet commun pour les mois à venir.

Même si la pratique de la taille de pierre frappe Séverine par l’implication corporelle qu’elle impose et que subit moins le corps des musiciens, les deux créateurs ont de nombreux points communs dans leurs méthodes de composition respectives. Quand l’un glane, l’autre écoute ; quand l’une enregistre, l’autre prélève ; quand Séverine se met en quête de bruits, Maxime va chercher des matériaux. L’observation reste une part essentielle de l’émergence d’une œuvre, quel que soit le récepteur sensoriel stimulé.
Chez Maxime, la matière employée dépend des paysages dans lesquels se déploient ses recherches et ses projets. Il s’octroie la liberté d’utiliser des gestes, des outils et des techniques d’autres métiers. Comme Séverine, il ressent régulièrement le besoin d’être immergé dans la forêt, cet espace majestueux d’où surgissent crissements, murmures et chants.

Tous deux cherchent à animer un instrument par le geste humain. Séverine développe ainsi l’écoute et la composition au travers de ses mains, elle dont le violoncelle est habituellement le prolongement et l’outil. Elle conçoit aussi des instruments simples, transportables et accessibles à tous pour relier les gens entre eux et produire une connectivité par la musique.


Ensemble, ils créeront des sons en écho au flux lumineux qui nait des pièces de bois collectées.  
Cette installation devrait rendre tangible l’énergie diffusée par les branches que Maxime enveloppe et enduit, et permettra au public de déambuler dans une forêt, de jouer avec elle, comme une réinterprétation des pérégrinations de nos deux artistes. Durant cet entretien, Séverine a suggéré : « L’instrument apprend à sonner selon la manière dont on le joue ». Elle donne ainsi l’ouverture à l’usager, à l’audience et aux personnes qui parcourent une œuvre de la recomposer et de la jouer différemment de la forme dont elle a été imaginée.

Maxime a dit de Séverine qu’elle détient une énergie apaisante que lui confère notamment son grain de voix. La musicienne souligne la force tranquille qui se dégage de l’ébéniste. Cette complémentarité entre la sérénité apparente et l’ardeur intime fait presque naître une résonnance entre eux où chaque mouvement de l’un inspire l’autre et permet au duo d’avancer ensemble.

La patience fait partie du processus de création et nous avons à l’expérimenter à présent pour découvrir l’aboutissement de cette collaboration.

Avec la collaboration de Sandra Furlan.

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