Image de décoration du fil d'ariane

Alfred, une trompette à la française

Adrien Jaminet, créateur de l’Atelier des cuivres, ressuscite la musique du début du XXe siècle avec Alfred, sa trompette de tradition française. Imaginé et fabriqué à Brétigny, l’instrument suscite déjà l’intérêt.

Depuis quelques semaines, des sonorités d’un autre temps émanent de l’Atelier des cuivres, à Sainte-Geneviève-des-Bois. Le luthier Adrien Jaminet a profité de l’année 2020, avec son lot de confinements et fermetures, pour redonner vie à une trompette du siècle dernier. « J’avais envie de recréer une trompette à la française type années 1950 » explique-t-il.

Un cuivre « à la française »

En effet, après la Seconde Guerre mondiale, la trompette de type américain, plus grosse notamment, a volé la vedette à la version française. La fabrication bleu, blanc, rouge s’est ensuite arrêtée, au profit de modèles inspirés par l’Outre-Atlantique, et le savoir-faire s’est perdu. Aujourd’hui, la trompette à palettes – dont les notes se réalisent en appuyant sur des touches plutôt que les habituels pistons – tend à prendre le pas sur la trompette américaine.
Le Brétignolais revient 70 à 90 ans plus tôt avec « Alfred », sa trompette inspirée de la tradition française de la première moitié du XXe siècle. « La penser et l’imaginer a pris entre six et huit mois » déclare Adrien Jaminet. Au point de départ de cette aventure, une question : « qu’est-ce que les cuivres à la française ? ».
L’artisan d’art a trouvé des réponses auprès de références de l’époque : un modèle fabriqué par Alfred Aubertin, un facteur de trompettes d’Aubervilliers qui a arrêté sa production à la fin des années 1960, ainsi qu’en échangeant avec une figure de la trompette en France, Roger Delmotte, 96 ans, passé par l’Opéra de Paris notamment. « Il m’a dit qu’il avait retrouvé un son qu’il n’avait pas entendu depuis longtemps et cela m’a fait plaisir, se réjouit Adrien. Ça fait redécouvrir aussi toute une partie du répertoire. »

Local au possible

Cet instrument, réinventé à Brétigny, est aussi principalement conçu sur place, jusqu’à la pochette en tissu qui vient d’un atelier de couture local. Certaines parties métalliques sont toutefois commandées en Europe : « Les pièces sont tournées à Brétigny, mais le pavillon (la partie élancée en forme de trompette, N.D.L.R) vient d’Allemagne car il n’y a plus de chaudronniers fabriquant ça en France, comme pour les pistons qui viennent d’Italie. »

Avec son équipe, Adrien Jaminet courbe, façonne et assemble le reste de l’instrument dans son atelier. Dix jours sont nécessaires pour réaliser une petite série de quatre ou cinq trompettes.

Essayer, c’est l’adopter

Après une phase d’essais avec des trompettistes de renom, l’instrument a été mis à disposition des orchestres pour tests. La trompette Alfred intégrera prochainement l’orchestre national de Bordeaux.
« C’est une grande chance et un immense plaisir d’être associé à ce magnifique projet de faire revivre la facture instrumentale française des cuivres. Bravo à Adrien Jaminet et son équipe d’avoir ressuscité la trompette française d’après-guerre à la sonorité brillante et héroïque ! » témoigne David Guerrier, trompettiste de renom.

Adrien Jaminet, du luthier au facteur

Lauréat Fondation Banque Populaire et du Prix Stars & Métiers de la Banque Populaire Rives de Paris en 2021.

Adrien Jaminet avait 19 ans lorsqu’il a commencé à « bricoler les trompettes des copains », en plus des siennes, dans le garage de ses parents. « J’avais la fougue et l’inconscience pour faire ça très jeune », explique-t-il. Dix ans plus tard, le Brétignolais fait référence dans le domaine de la réparation des cuivres en tous genres et dispose de deux ateliers-boutique, à Brétigny-sur-Orge et à Lyon, travaillant ainsi avec de grands ensembles et des conservatoires de l’Hexagone.

À son savoir-faire de luthier, c’est-à-dire de réparation d’instrument de musique, s’ajoute avec sa trompette Alfred celui de facteur, c’est-à-dire de fabriquant. Spécialisé en cuivres, Adrien Jaminet est un interlocuteur de référence pour la seule école de lutherie du territoire, située au Mans. Il emploie actuellement deux personnes à Brétigny-sur-Orge et deux autres à Lyon.

Pourquoi « Alfred » ?

Adrien Jaminet a choisi le nom de son instrument pour rendre hommage à Alfred Aubertin, le facteur de trompette d’Aubervilliers et à Alfred Leblanc, ancien maire de Brétigny-sur-Orge pendant la Première Guerre mondiale. L’Atelier des cuivres est d’ailleurs situé dans la rue Alfred-Leblanc.

L’Atelier des cuivres – Adrien Jaminet
61, rue Alfred Leblanc 91220 Brétigny-sur-Orge
https://aj-atelierdescuivres.fr/

Extraits sonores