Rencontre avec Bertrand Brugerolle

Président du jury Handicap de la Fondation Banque Populaire

Comment avez-vous rencontré la Fondation Banque Populaire ?

Bertrand Brugerolle.
Crédit photo : @Sebastian Ene 2018

Le professeur Held, le premier Président du jury Handicap de la Fondation Banque Populaire­, m’a proposé d’en faire partie, lors de sa création il y a 25 ans. Depuis huit ans, je préside ce jury composé de professionnels qui travaillent tous auprès de personnes en situation de handicap. Ils viennent de la France entière et participent au jury depuis de nombreuses années.

En quoi la bourse de la Fondation Banque Populaire se distingue-t-elle des autres aides accordées aux personnes atteintes d’un handicap ?

Très souvent, il s’agit de soutiens ponctuels. Outre une aide financière, la Fondation Banque Populaire, quant à elle, accompagne ses lauréats dans leur projet de vie dans la durée, pendant une à trois années, ce qui est assez unique.

Et pendant ces dix dernières années, j’ai vu se développer une notion de communauté chez les lauréats. Ils sont très ouverts les uns aux autres et on assiste à une convergence entre les différents domaines soutenus par la Fondation (Musique, Handicap, Artisanat d’art). Par exemple : Anja Linder, harpiste (paraplégique), a participé au festival de musique porté par la Fondation « Les Musicales de Bagatelle », et des musiciens vont parfois à la rencontre de personnes en situation de handicap (adultes ou enfants). C’est notre concept « Musique à cœurs ouverts », que je trouve magnifique !
À l’occasion de la célébration des 25 ans de la Fondation en décembre dernier, où de nombreux lauréats des trois domaines étaient présents, certains sur scène d’ailleurs, nous avons réalisé la véritable joie d’être ensemble.

De leur côté, les membres des jurys s’intéressent de plus en plus aux autres domaines. On n’hésite pas à participer à d’autres projets, comme par exemple Philippe Hersant, Président du jury Musique, qui est venu à l’émission « Un Handicap, des talents » sur la radio Vivre FM accompagner le musicien en situation de handicap Jean-Michel Alhaits (basson), ou encore Marielle Nordmann, directrice artistique du festival « Les Musicales de Bagatelle » qui a mis en scène cette année un conte musical pour tout public dont les déficients auditifs.

Les candidats soumettent un projet  de vie à la Fondation. Pourriez-vous nous parler de ces projets et des plus passionnants ?

Bijoux Odiora exposés aux Musicales de Bagatelle 2018.

Tous les projets sont passionnants ! Mais parmi eux, il y en a de plus étonnants. Certaines personnes arrivent à surprendre le jury, comme Mathieu Deymonnaz, tétraplégique, qui souhaitait faire du terrassement et du déneigement dans la haute vallée de la Maurienne. C’était un projet fou, mais nous lui avons fait confiance. Non seulement, il l’a mené à terme, mais il a été capable de fédérer des gens autour de lui en créant une entreprise qui fonctionne très bien aujourd’hui.

Il y a la touchante histoire de Manuel de los Santos, originaire de Saint-Domingue, joueur de baseball, amputé d’une jambe à la suite d’un accident de moto. Un film lui a donné l’idée de devenir golfeur, puis d’enseigner cette discipline. Il a candidaté à la Fondation et nous l’avons aidé en lui finançant des cours de français et ses déplacements en compétition afin qu’il progresse. Aujourd’hui, c’est un golfeur de très haut niveau. Cela nous a intéressé car il ne s’agissait pas d’une demande sponsoring, mais de soutenir un véritable projet de vie.
Et le plus étonnant a été de recevoir un jour une lettre de sa part où il nous racontait que, lors d’un tournoi en Afrique du Sud, il avait rencontré un jeune garçon handicapé comme lui qui souhaitait faire du golf et qu’il lui avait donné une partie de sa bourse, pour lui permettre de réaliser son rêve.

Paysage, 2016, huile sur toile, de Jérome Delépine.

Parmi nos lauréats, on trouve aussi Nathalie Birault, sourde, qui a créé « Odiora », une entreprise de bijoux pour prothèses auditives ; Charlotte Desmousseaux, malvoyante, qui gère « La vie devant soi », une librairie de quartier à Nantes, où les gens viennent discuter et passer un moment de convivialité ; Thomas Koenig, chef cuisinier devenu paraplégique à la suite d’un accident de moto, reconverti en archetier ; ou encore Jérôme Delépine, artiste peintre malvoyant.

Ce qui nous intéresse dans les projets, ce n’est pas le résultat en soi, mais la manière dont le projet va permettre aux lauréats de s’épanouir.

La Fondation Banque Populaire tient à accompagner ses lauréats dans la durée. Quels sont les avantages de ce choix ?

La Fondation entend favoriser l’initiative personnelle de ses lauréats en leur apportant une aide financière décisive, qui peut aller jusqu’à trois ans. Et cet engagement dans la durée se doit d’être réciproque. Outre la relation de confiance qui s’instaure, c’est aussi un contrat qui permet à la Fondation d’évaluer les projets soutenus. Martine Tremblay, notre directrice, est en relation constante avec les lauréats, elle les conseille, suit de près leurs avancées et participe aux événements où ils se produisent, comme les concerts, les salons ou les expositions.

« Les aides accordées aux personnes handicapées sont trop souvent soumises à des quotas et des contrôles très stricts et généralement destinées à des intentions très spécialisées. Or la vie, c’est loin d’être une affaire de spécialistes… C’est ce que les institutions, toutes bienveillantes soient-elles, ne nous permettent pas aujourd’hui. Votre fondation me fait prendre conscience du manque de liberté et de confiance qui existe par ailleurs », écrit Anne-Lyse Chabert, lauréate (juin 2018) et chercheur en Philosophie.

Est-ce que toutes ces rencontres au fil des années ont fait évoluer votre regard sur le handicap ?

Plus qu’un nouveau regard sur le handicap, l’expérience de la Fondation m’a permis de faire des rencontres exceptionnelles, que je n’aurais jamais pu faire par ailleurs. Suivre de belles réalisations comme celles évoquées donne beaucoup de joie et d’espérance !